RÉSEAUX
ET ASSOCIATIONS DE TERMINOLOGIE
(Aeter, AET, Realiter,
RITerm, Rifal, TermNet
et autres)

Déclaration
finale
Vitrine-forum sur l'informatisation des langues
Les
participants de la Vitrine-forum sur le traitement informatique des
langues (VF), qui s'est tenue les 13 et 14 juin 2003 à Montréal,
constatant la nécessité d'intensifier l'informatisation
des langues dans l'espace francophone, déclarent ce qui suit
:
Pour
gérer l'information et favoriser la diversité culturelle
deux défis majeurs pour le XXIe siècle
il est indispensable de développer le traitement des langues
à l'aide de logiciels de plus en plus évolués.
Ces logiciels incluent notamment : les banques de terminologie, les
outils de gestion de données textuelles et audios, les aides
à la traduction, les outils de reconnaissance et de synthèse
de la voix, les correcteurs, les générateurs de documents
et les moteurs de recherche.
Malgré
l'importance stratégique du traitement informatique des langues
et les actions déjà entreprises dans ce domaine, les
besoins restent encore très grands.
L'épanouissement
des capacités de traitement informatique du français
et des langues partenaires est susceptible d'avoir des retombées
à tous les points de vue :
Par
conséquent, nous proposons la prise en compte, par les organismes
et les gouvernements de la Francophonie, du plan d'action présenté
ci-après.
Proposition d'un plan d'action
Attendu
l'importance stratégique du traitement informatique des langues
(TIL) pour l'épanouissement économique, social, culturel,
linguistique et politique des pays de la Francophonie, les participants
de la Vitrine-forum sur l'informatisation des langues tenue les 13
et 14 juin à Montréal proposent la réalisation
des actions suivantes :
Les gouvernements de la Francophonie et certains des opérateurs
du Sommet, l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF)
et l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), sont conviés
à appuyer financièrement la production de matériaux
langagiers, tels les corpus écrits et oraux, pour le français
et les langues partenaires. Ils sont aussi invités à
assurer que les ressources langagières développées
avec des fonds publics soient mises à la disposition de l'ensemble
des acteurs. Dans cette veine, ils devraient particulièrement
soutenir le développement et l'élargissement de l'Inventaire
du traitement informatique des langues déjà mis en place
par l'AIF.
Les
chercheurs et les industriels actifs dans le champ du TIL n'ont pas
toujours à leur disposition les ressources langagières
(ex. : les corpus écrits et oraux, les lexiques informatisés,
les bases de données terminologiques) dont ils auraient besoin
pour leurs travaux. Et lorsque ces ressources existent, ils ont parfois
de la difficulté à les repérer ou à y
accéder. Le développement et l'élargissement
de l'Inventaire du traitement informatique des langues, une base de
données accessible sur Internet qui recense déjà,
entre autres, les produits et les entreprises du secteur du TIL, faciliteraient
notamment le repérage des matériaux langagiers requis
par les acteurs francophones.
Les
participants de la Vitrine-forum s'entendent sur le fait que le prochain
défi en matière d'informatisation des langues est leur
traitement sémantique. Par conséquent, les gouvernements
de la Francophonie, l'AIF et l'AUF devraient appuyer l'établissement
de lexiques ou de bases de connaissances sémantiques.
Les
participants reconnaissent que l'établissement de lexiques
ou de bases de connaissances sémantiques sur le modèle
de WordNet - malgré les critiques qu'il est possible de faire
de cet instrument anglophone sur le plan technique -, donne une longueur
d'avance au monde anglo-saxon. La création d'outils de ce genre
pour le français aiderait la Francophonie à faire face
à l'émergence de l'Internet sémantique.
Les gouvernements de la Francophonie,
l'AIF et l'AUF sont conviés à soutenir financièrement,
au sein de leurs programmes respectifs, l'informatisation des langues
partenaires.
Par
exemple, les gouvernements de la Francophonie, l'AIF et l'AUF pourraient
faire les arrimages qui s'imposent, dans le cadre de Teltic (Groupe
de travail sur les nouvelles technologies de l'information et de la
communication des Trois espaces linguistiques, Francophonie, Hispanophonie
et Lusophonie), avec les responsables du projet d'Observatoire d'indicateurs
stratégiques, pour aider l'Observatoire à adopter des
pratiques exemplaires en matière de traitement informatique
des langues. Ils pourraient aussi appuyer la réalisation du
projet "Déverrouillage" du groupe Telal (Groupe de
travail sur l'aménagement linguistique des Trois espaces linguistiques)
sur l'informatisation des langues africaines. Ils pourraient enfin
assurer que l'AIF et l'AUF fassent les arrimages qui s'imposent avec
les responsables du projet Teltic sur la Traduction automatique dans
les trois espaces linguistiques, de manière à en connaître
les résultats et, éventuellement, à y prendre
part.
Les gouvernements de la Francophonie,
l'AIF et l'AUF devraient faciliter, selon leurs moyens, la participation
des francophones du Nord et du Sud aux tables de normalisation internationale
pour que les nouvelles normes tiennent compte du français et
des langues partenaires.
Des
organisations internationales comme l'Organisation internationale
de normalisation (ISO), l'Internet Engineering Task Force (IETF) ou
le World Wide Web Consortium (W3C) travaillent à l'élaboration
des normes et des standards qui gouvernent le fonctionnement d'Internet
et des ordinateurs qui permettent d'y accéder. Plusieurs de
ces normes et de ces standards ont des effets importants sur la place
du français et des langues partenaires dans le secteur des
technologies de l'information. Il convient donc d'infléchir
leur développement et de surveiller leur évolution.
Les
gouvernements de la Francophonie, l'AIF et l'AUF devraient veiller
à ce que le français soit pris en compte lors des activités
internationales menées pour évaluer les prototypes et
les produits mis au point dans le secteur du TIL. Ils devraient aussi
appuyer la participation des chercheurs et des industriels francophones
à ces activités.
Comme
le relève l'Evaluations and Language resources Distribution
Agency (ELDA), "l'évaluation est un facteur de premier
plan dans le domaine de l'ingénierie linguistique, et ce à
différents niveaux. L'évaluation permet aux équipes
de R&D de valider leurs recherches et d'assurer ainsi le développement
des systèmes, en constante progression. L'évaluation
permet aussi d'identifier les créneaux vers lesquels il est
judicieux de s'orienter pour développer de nouvelles technologies,
aboutissant à leur mise sur le marché. L'évaluation
permet également aux agences ayant financé des projets
d'en mesurer, d'une certaine façon, le retour sur investissement
grâce à la mise en oeuvre de ces projets". Malheureusement,
il arrive que le français ne soit pas pris en compte lors des
activités d'évaluation menées en Europe ou ailleurs.
Il arrive aussi que, faute de ressources, les acteurs du domaine ne
puissent présenter leurs systèmes aux tables d'évaluation.
Les gouvernements de la Francophonie,
l'AIF et l'AUF devraient assurer la croissance du réseau d'experts
dans le secteur de l'informatisation des langues en instaurant un
programme francophone de stages en entreprise et d'octroi de bourses
d'études spécialisées aux étudiants qui
mènent des travaux de recherche dans le secteur de l'informatisation
des langues et en accordant aux universités et aux laboratoires
de recherche des contrats de recherche dans le secteur du TIL, notamment
à cause des effets de tels contrats sur la formation et les
choix de carrière futurs des étudiants.
Il
ne fait pas de doute que la principale façon pour la Francophonie
de conquérir un avantage concurrentiel dans le domaine du TIL
sera le développement d'une main-d'uvre de qualité.
Nous avons vu que les entreprises et les centres de recherche francophones
ont souvent de la difficulté à recruter des ressources
humaines compétentes. Plusieurs raisons expliquent que le bassin
de chercheurs sur lequel le développement du secteur peut s'appuyer
soit trop petit. Parmi celles-ci, on retrouve notamment : la faible
connaissance que les étudiants ont du secteur et des possibilités
d'y faire carrière ; le manque d'intérêt
des professeurs-chercheurs pour le domaine ; et la rareté
des programmes de cycle en TIL ou, tout au moins, la difficulté
de recevoir une formation cohérente et complète dans
le champ.
Les
gouvernements de la Francophonie sont conviés à soutenir
financièrement les centres de recherche de leurs pays désireux
de participer à des projets de recherche internationaux dans
le secteur du TIL, en particulier dans le domaine des aides à
la traduction et dans celui de la diffusion électronique multilingue
d'information scientifique et technique, en français et dans
les langues partenaires.
Certains
acteurs, comme l'Union européenne, affichent de l'ouverture
face à la participation de centres de recherche étrangers
à des projets de recherche communautaires dans le secteur du
TIL, mais les centres doivent investir des fonds propres dans les
projets.
Les gouvernements de la
Francophonie, l'AIF et l'AUF devraient sensibiliser les partenaires
de la Francophonie à l'importance d'accorder une attention
particulière au français lors de la mise sur pied de
grands projets multilingues en TIL.
Plusieurs
grands projets nationaux et internationaux existent actuellement dans
le champ du TIL. Les gouvernements et les organisations de la Francophonie
devraient chercher à nouer des liens avec les organisateurs
de ces projets, de façon à y favoriser, le cas échéant,
la participation de chercheurs francophones et la réalisation
de travaux sur la langue française. Les participants francophones
à ces projets veilleront à ce que des ponts soient construits
entre le français et l'ensemble des autres grandes langues.
Les gouvernements de la Francophonie, l'AIF et l'AUF sont
conviés à coordonner les activités de veille
virtuelle sur les questions d'informatisation du français et
des langues partenaires.
Pour
avoir du succès, les intervenants du secteur du TIL doivent
disposer de renseignements sur les tendances susceptibles d'affecter
leur positionnement. Par exemple, ils doivent connaître les
percées réalisées dans les centres de recherche
francophones et étrangers, la demande, les réseaux de
commercialisation, etc. Ces renseignements circulent souvent mal d'un
pays à l'autre. Il conviendrait d'aider les acteurs francophones
qui font de la veille dans le domaine à collaborer et échanger
de l'information les uns avec les autres.
L'AIF et l'AUF devraient
rééditer tous les deux ans, dans un pays différent
de la Francophonie, la Vitrine-forum sur l'informatisation des langues
pour favoriser la cartographie du secteur et le partage de renseignements
entre participants. Ils devraient également évaluer
les effets de ces manifestations sur les acteurs du domaine.
Les intervenants du secteur émettent le
souhait de pouvoir participer régulièrement à
des rencontres réunissant un éventail d'acteurs du milieu
aussi large que possible. Ils devraient pouvoir compter sur les gouvernements
et les organisations de la Francophonie pour soutenir la tenue de
telles rencontres, qui auront notamment pour conséquence de
favoriser la circulation d'information entre chercheurs et industriels
et l'établissement de partenariats.